Bernard Le Borgne : Petit bureau, grande plume

Bernard Le Borgne
J’ai longtemps imaginé que le bureau de Bernard possédait le parfum mystérieux de celui d'un Honoré de Balzac ou d'un Alexandre Dumas. Un bureau encombré d'ouvrages jaunis, de manuscrits hachurés, et de feuilles volantes dont, semblables aux albatros de Charles Baudelaire, 
« les ailes de géantes empêchent de voler ». En juillet 2025, avec la complicité d’Angela de passage à Lanthénac, je pus pénétrer dans le local qui abritait jadis l’antre secret de Bernard. À ma grande surprise, ce « bureau », dépourvu de fenêtre, ne dépasse guère les six mètres carrés de surface. D’après les descriptions qui m’en ont été faites, à l’époque où Bernard y travaillait, un mur était entièrement recouvert d'une armoire débordant d'instruments de musique, de matériel de pêche et d'appeaux de chasse, révélant ses passions multiples. Le deuxième mur était dissimulé derrière des étagères chargées de classeurs et de cahiers cornés, témoins de son travail acharné. Un bureau surmonté d'une grosse lampe occupait le troisième mur, laissant le quatrième pour la porte d'entrée. C'est dans cet espace exigu et intime que ses mots virevoltaient, attendant d'être domptés et assemblés sur le papier. Dans ce petit bureau, les phrases étaient comme en cage, avant de retrouver leur liberté et de prendre sous sa signature leur envol à travers un article ou une chronique gallèse. La grandeur du bureau ne fait décidément pas celle de la plume.