Bernard Le Borgne : (Trop) Brève biographie.

Bernard Le Borgne

Par-delà les mots, les chansons et les fest-noz, il était là. L’œil rieur, la galette-saucisse à la main, la Citroën Xsara jaune reconnaissable entre mille, et son inséparable Canon EOS en bandoulière. Bernard Le Borgne, plus connu sous le nom affectueux de Beurnard, n’était pas simplement un homme du pays. Il en était la mémoire, le cœur battant, le chant discret et joyeux, le regard tendre et précis qui savait capter la beauté de l’éphémère. Né le 10 janvier 1961 à Plumieux, dans les terres gallèses du centre-Bretagne, Bernard fut un homme aux mille visages, aux mille passions, aux mille engagements. Une figure locale si familière qu’on en oublie souvent à quel point il fut unique.


Un artisan devenu passeur de mémoire
Rien ne destinait vraiment cet enfant de Plumieux, prothésiste dentaire de profession, à devenir l’un des grands témoins de la vie rurale et culturelle de la Bretagne intérieure. Et pourtant, dès qu’il embrasse le rôle de correspondant local de presse, d’abord pour Le Télégramme en 1989, puis pour Le Courrier Indépendant, une voix s’élève. Une voix douce mais assurée, enracinée dans la terre et tendue vers les étoiles. Durant deux décennies, il couvre sans relâche les communes du canton de La Chèze, livrant des milliers d’articles, à la fois précis et bienveillants. Chaque manifestation associative, chaque concert, chaque fête de village, chaque combat ouvrier, chaque moment de vie locale avait droit à sa place. Il savait donner aux faits les plus ordinaires des allures saupoudrées d’extraordinaire. 


Le chantre du gallo
À côté de sa vocation journalistique, Bernard devient l’un des tout premiers écrivains modernes de langue gallèse. Sous le pseudonyme de Beurnard, il publie à partir de 1992 une chronique hebdomadaire, Les Gerbières, qui devient culte. Née d’une rumeur – la possible fermeture du salon de coiffure de son ami Désiré Gicquel – cette chronique devient, en quelques parutions, un pilier du Courrier Indépendant. L’humour, la tendresse, la sagesse populaire et la musicalité du gallo s’y entrelacent. Cinq recueils verront le jour. Et encore aujourd’hui, trente ans plus tard, certains conservent pieusement, dans un cahier confectionné à la main, ces chroniques découpées semaine après semaine. Le gallo n’était pas pour Bernard une simple langue, mais une clef. Celle qui ouvre les mémoires. Celle qui relie les voix d’hier à celles d’aujourd’hui. Celle qui permet aux vieux chants et aux vieux contes de résonner à nouveau. En cela, il fut un précurseur. Bien avant la reconnaissance institutionnelle, il posait les premières pierres du renouveau gallo.


Le collecteur et le conteur
Membre éminent des Chantous d’Loudia, Bernard écumait les scènes avec son chant de mémoire. Il remporta à plusieurs reprises le premier prix de La Truite du Ridor, participa au Kan ar bobl, collecta sans relâche chansons, récits, cartes postales anciennes, coupures de presse, documents introuvables. Infatigable passeur, il fut aussi l’ami des archives oubliées. Ses collectages ont alimenté des expositions, des festivals, des articles, des veillées. Collecteur, il était également à son propre compte collectionneur, et à ce titre a rassemblé des dizaines de millier de sous-bock, classés avec une précision d’orfèvre. Car à son habitude ce n’était pas pour but d’en faire un butin personnel, mais d’ouvrir un musée afin de partager le fruit de ses recherches.


Le militant joyeux
Bernard n’était pas que le témoin : il était acteur. Moteur. Initiateur. À la tête ou au cœur d’une douzaine d’associations – Flash-Back, la Ciboulette, la Truite du Ridor, les Assemblées Gallèses, le Cercle Celtique de Loudéac… – il œuvrait pour faire vivre la culture et la solidarité. Conseiller municipal à La Ferrière, puis à La Chèze, il s’engageait sur les dossiers sociaux, la jeunesse, le patrimoine. Il mettait en lumière les invisibles, les luttes modestes, les victoires collectives. Son combat n’avait rien de frontal : il passait par l’attention, la présence, le mot juste, l’action concrète. Il faisait partie de ces rares personnes qui savaient conjuguer l’humour au combat, la tendresse à la révolte.


Le regard de l’instant
Son Canon EOS n’était pas un simple outil de travail : c’était un œil de poète. Bernard photographiait sans mise en scène. Il saisissait les sourires naturels, les gestes suspendus, les complicités silencieuses. Ses clichés monochromes restituent les années 1990 et 2000 comme un territoire à visage humain, où la vie communautaire rayonne dans chaque regard. L’exposition « Lorsque Beurnard vous photographiait », présentée à la médiathèque de Plémet à l’automne 2025, proposera modestement au regard une cinquante de ses photos. 


Des souvenirs effacés
Le 30 mai 2008, plus de cinq cents personnes se réunissaient sur la place de l’église Saint-Pierre à Plumieux pour lui dire adieu. Beaucoup pleurèrent. Beaucoup rirent aussi, en se remémorant une de ses Gerbières ou une blague en gallo. Mais les souvenirs, eux aussi, se dispersent parfois comme les feuilles au vent. Aujourd’hui, à l’heure du numérique, du flux et de l’oubli rapide, il est urgent de reconstituer les pièces du puzzle Beurnard, afin d’ancrer sa trace dans la mémoire collective, et de lui rendre hommage, non par devoir mais par gratitude. 


Extrait du livre " Tous les chemins mènent à Plémet " paru en juin 2025

C’est sur la place de l’église Saint-Pierre à Plumieux que se sont réunies plus de 500 personnes le 30 mai 2008 afin de rendre un dernier hommage à Bernard Le Borgne, disparu prématurément quelques jours plus tôt. Bernard Le Borgne est né le 10 janvier 1961 à Plumieux. Après ses études, il a travaillé en tant que prothésiste dentaire avant de rejoindre comme correspondant de presse le quotidien Le Télégramme en 1990, puis peu après et parallèlement, l’hebdomadaire Le Courrier Indépendant. Durant près de 20 années, il couvrira quotidiennement une douzaine de communes du canton de La Chèze, dont Plémet, La Prénessaye, Plumieux et Coëtlogon. Outre les milliers de papiers qu’il aura écrits pour promouvoir et soutenir toutes les initiatives individuelles et collectives, il deviendra le chantre de la langue et de la culture gallèse sur de multiples plans. Tout d’abord comme auteur avec ses chroniques hebdomadaires, telle « La gerbière », qui furent publiées de 1994 jusqu’à sa mort, et dont il en éditera cinq recueils sous le titre « Beurnard », ainsi qu’à travers ses multiples collectages de chant au profit de La Truite du Ridor dont il fut un vice-président zélé, ou des Assemblées Gallèses. Cette passion l’emmènera au pays de Galles ou en Galice où il se fera l’ambassadeur de la culture gallèse du territoire. Bon vivant, homme de grande culture rayonnant de malice et d’humour, il était un grand amateur de galette-saucisse qu’il dégustait entre deux reportages, allant de festivité en festivité au volant de sa célèbre voiture. « Sa voiture la plus connue avec laquelle il a circulé pendant plus de dix ans était une Citroën Xsara ocre jaune sur laquelle il avait fixé sur le pare-brise un immense auto-collant du journal Le Télégramme. On le reconnaissait de très loin ! », explique Angela, sa fille. Membre éminent des « Chantous d’Loudia », et cheville ouvrière d’une douzaine d’associations, Bernard fut également conseiller municipal à La Ferrière, puis à La Chèze, et trouvait parfois le temps malgré ses engagements en tant que professionnel ou bénévole de s’adonner à ses loisirs de philatéliste, de numismatique ou de cervalobélophilie. Promoteur de son territoire, il fit paraître de nombreux articles historiques mettant en valeur le patrimoine local, tel celui consacré à la chapelle Sainte-Blanche et à l’abbaye de Lanthénac, village où il résidait. Par ses recherches et ses écrits, il hissa en précurseur le métier de correspondant local de presse à celui de journaliste indépendant et reste l’indiscutable référence en la matière.

Extrait du livre "Tous les chemins mènent à Plémet" paru en juin 2025.

Repères

Bernard est né le 10 janvier 1961 à Plumieux. Après l’obtention de son baccalauréat en 1979, il devient employé de laboratoire de prothèses dentaires à Loudéac de 1980 jusqu’au début de l’année 2000. À partir d’octobre 1989, il entame sa carrière de correspondant de presse pour le quotidien Le Télégramme et pour le Courrier Indépendant jusqu’à sa disparition en 2008. Il sera également un journaliste indépendant dont la plume précise et bienveillante apportera un regard nouveau et protecteur sur le territoire. Durant presque 30 années, il sera en précurseur le défenseur des patrimoines matériels et immatériels du territoire et l’instigateur ou le pilier central des plus mémorables festivités. Parmi les nombreuses responsabilités qu’il occupera, il sera le président de l’association de sauvegarde du château de La Chèze, de l’association Flash-Back, de l’amicale laïque, ainsi que vice-président du CAC-Sud 22, des Assemblées Gallèses et de la Truite du Ridor. Il sera également secrétaire de La Ciboulette, du Syndicat d’Initiative, et membre, entre autres, du Comité de loisirs de Lanthénac des Comités des fêtes de Plumieux et de La Ferrière, ainsi que du Cercle Celtique de Loudéac.