Bernard Le Borgne : Photographe, 
correspondant de presse,
et journaliste indépendant.

L'appareil photo de Bernard Le Borgne

Journaliste indépendant et correspondant de presse de 1989 à sa disparition en 2008, Bernard exerçait dans les communes de l’ancien canton de La Chèze : Plémet, Coëtlogon, Plumieux, La Ferrière, Saint-Étienne-du-Gué-de-l’Isle, La Chèze, Saint-Barnabé, Le Cambout, La Prénessaye, ainsi que dans quelques communes du Morbihan, telles La Trinité-Porhoët et Mohon. Il était rarement possible de le croiser sans qu'il ne soit muni de son appareil photo. Son plus fidèle compagnon fut un Canon EOS, en mode argentique, qui lui permettait tout autant d’illustrer ses articles et ses papiers de presse que de figer pour son compte personnel les instantanés de la vie locale. Sans artifice, sans pose de studio, Bernard aimait avant tout saisir l’instant fugace, figer les sourires et immortaliser les regards complices des constructeurs de festivités et des compagnons du partage. Ses clichés monochromes où se reflètent toutes les couleurs de la vie, apportent un témoignage unique de la vie locale d’alors. Le travail du correspondant de presse à la fin du XXe siècle avait peu de choses à voir avec celui d’aujourd’hui sur le plan de la récolte des informations et de leurs transmissions aux rédactions.


On a souvent prétendu que les correspondants de presse d’alors ne négligeaient pas le petit verre déposé sur le zinc du fait de leur passage quasi quotidien chez les bistrots de leurs secteurs. En réalité, leurs passages chez les bistrotiers étaient brefs et ne se résumaient la plupart du temps qu'au relevé de leurs boîtes aux lettres. En rétablissant les choses dans le contexte de l’époque, il faut prendre en compte qu’avant la popularisation des réseaux sociaux en France, qui n’interviendra qu’à partir des années 2010, la tradition voulait que les organisateurs d’évènements glissent leurs informations dans une boîte tenue par les bistrotiers à destination des correspondants locaux de presse. Au-delà de cette coutume établie dans les cafés qui étaient alors le point névralgique de l’actualité locale et du lien social, cette pratique de « pêche à l’information » était recommandée par les rédactions des journaux. En effet, on peut lire dans le très sérieux ouvrage de référence Le guide du correspondant de presse (2e édition, 2007) de la série Métier journaliste édité par les Presses Universitaire de France, ceci : « Afin de disposer d’éléments quotidiens concernant l’information locale, il est conseillé d’aller tous les jours voir les gendarmes, la secrétaire de mairie, et le café-tabac dans lequel on disposera d’une boîte aux lettres à destination des associations qui pourront y déposer leurs communiqués de presse et leurs diverses informations ». Cette pratique n’avait alors aucun rapport avec un degré supposé d’alcoolémie, contrairement à une légende tenace et tout autant malveillante. De ce fait, la plupart des correspondants de presse professionnels disposaient d’une boîte à lettres dans chaque café de son secteur. Bernard, quant à lui, avait largement étendu le champ d’application de ces boîtes aux lettres, puisqu’elles avaient également pour mission d’être des « boîtes à idées ». Il est à noter également que, comme les correspondants devaient quotidiennement s’informer auprès des gendarmes des faits éventuels du jour, les colporteurs de ragots n’hésitèrent aucunement à voir en cette pratique celle « d’indic », ce qui n’était bien évidemment aucunement le cas.


L’information récoltée était rédigée sur papier au stylo à bille et transmise aux rédactions par fax, ou déposée à la rédaction. Chaque titre avait sa rédaction siégeant à Loudéac. Les pellicules photos, puisque nous étions encore à cette époque dans le monde de la presse à l’utilisation de l’argentique, étaient développées généralement dans les locaux de la rédaction qui possédait pour la plupart une chambre noire. Après des week-ends chargés de reportages, la masse des correspondants locaux se retrouvait le lundi et le mardi à faire de nombreux dépôts de pellicules. Ceux qui ont connu ce temps-là se souviennent de l’ambiance bienveillante et festive lors des rencontres du petit monde de la presse locale.


À partir des années 2005-2006, celle-ci passera au digital et les correspondants commencèrent à envoyer leurs clichés numériques à leur rédaction par internet. Les rencontres intercorrespondants cessèrent, et au fil du temps plus personne ne connaissait vraiment les collègues du titre pour lequel il travaillait.

L’exposition « Lorsque Beurnard vous photographiait », permettra au public de découvrir une cinquantaine de clichés de Bernard Le Borgne où se reflète sa quète insatiable du partage, de la transmission et de la solidarité.